WANTED : pasteurs !

On recherche… 1000 pasteurs !  

Vous avez peut-être été interpellés comme moi par les conclusions des Assises de la formation, organisées par le CNEF les 4 et 5 avril derniers, lesquelles révélaient le besoin urgent de 1000 pasteurs formés dans les 10 prochaines années pour renouveler le corps pastoral évangélique1. Alors que les institutions de formation se mobilisent2 et démultiplient les offres pour coller au plus près des possibilités des chrétiens, de nombreuses Églises attendent un pasteur avec une certaine crainte de ne pas trouver la perle rare. Actuellement, plus d’une quinzaine d’Églises CAEF sont en demande d’un serviteur à temps plein. Le besoin est donc bien réel.  

Les pasteurs tombent-ils du ciel  

Pourtant, les Églises ne sont pas condamnées à simplement attendre. Plusieurs pistes devraient être envisagées pour sortir de l’impasse et contribuer à l’effort commun nécessaire au sein de l’Église de Jésus-Christ dont nous sommes tous membres.  

Tout d’abord, et même si c’est une vérité digne de La Palice, il faut réaliser que les pasteurs ne tombent pas du ciel.

Ils sont dans l’Église et en dehors d’elle. 

Dans l’Église, nombreux sont les membres qui pourraient entrer dans une dynamique de formation théologique, et peut-être ensuite entrer dans un ministère (qu’il soit à plein temps ou non). Il faut donc s’interroger sur la manière dont l’Église détecte en elle-même les hommes et les femmes, les jeunes et même, osons le dire, des enfants, qui pourraient un jour exercer un ministère au sein de l’Église Une et proposer des parcours cohérents en ce sens.  

Dans l’Église locale, les possibilités de service ne manquent pas et sur le territoire – en présentiel ou en distanciel – les offres de formations sont elles aussi légion. Les Églises auraient donc intérêt à faire fonctionner « la détection de talents » interne ; elles devraient plus encourager les uns et les autres à se former davantage et à le faire en fonction de leur profil. En effet, les offres de formation ne répondent pas à toutes les formes de service et les Églises devraient les proposer de manière pertinente. Relevons aussi qu’une formation interne à l’Église de quelques heures assurée par un membre, tout aussi plaisante qu’elle soit, ne pourra jamais être comparable à une formation de plusieurs années dispensée par des personnes ayant un doctorat en théologie. Il ne faut pas mentir sur la marchandise…  

Il convient également de persévérer dans les efforts pour rejoindre nos contemporains, car le prochain pasteur de l’Église est peut-être ce collègue, ce voisin ou ce partenaire de sport qui ne connaît pas encore l’Évangile.  

Une intention et des actions. 

Le deuxième levier que l’Église peut utiliser, c’est celui de l’intention.
Plusieurs Églises CAEF ont franchi le pas. Il s’agit de
poser une ligne dans le budget de l’Église pour favoriser la formation. Ainsi, des Églises ont provisionné chaque mois entre 100 et 300 euros pour soutenir une personne de l’Église susceptible d’intégrer un institut biblique. Cette piste permet précisément de proposer à un jeune (ou un moins jeune) de vivre un an en institut, puisque l’Église a ce budget spécifique alloué à ce type de formation. Si personne n’est candidat, on peut toujours reverser la somme finale à l’union, ou la garder pour l’année suivante et financer deux étudiants ou un couple… 

Dans la même idée, d’autres Églises ont mis en place un système de sponsoring pour des étudiants déjà en institut. Ce sponsoring permet à ces étudiants de poursuivre leur formation jusqu’au bout, car le prix d’une telle formation est important. Il appartient aussi à l’Église d’aider ceux qui sont prêts à consacrer trois à cinq ans de leur vie à une formation intensive et s’équiper ainsi pour le ministère.  

La formation, en parler vraiment !  

Un troisième levier consiste à parler des formations de manière régulière. En règle générale, quand un des responsables a été formé dans tel institut, faculté, ou support à distance, il en fait facilement la promotion. Il serait pourtant souhaitable que des présentations de formations diverses soient faites de manière régulière. Une telle pratique permettrait de présenter l’ensemble des offres possibles, mais aussi d’ouvrir les horizons des membres de nos Églises. Pourquoi ne pas inviter en une année un professeur de tel institut ou faculté, puis un représentant de telle association de formation, et enfin le gestionnaire d’une plateforme ? On peut ainsi présenter un éventail de formations tout en distinguant bien les types de formations, leurs apports et le public visé. 

Jeunes et moins jeunes… 

Quatrième levier :
encourager les jeunes à se former au travers de camps spécifiques. Nous avons le privilège dans l’union d’Églises, de pouvoir proposer des CFB et des REF. L’association de jeunesse AJC fait un travail considérable pour justement aider à la formation des jeunes. Les Églises sont donc encouragées à faire la promotion de toutes ces activités jeunesse et, là aussi, à inviter et soutenir les acteurs jeunesse.
 

De l’autre côté, bien des retraités développent un ministère d’accompagnement des Eglises particulièrement précieux. Il y a là probablement des choses à envisager (et donc peut-être à suggérer) pour des futurs retraités…  

Un pasteur heureux !

Cinquièmement, il apparaît nécessaire de réformer une certaine manière de parler du ministère. Ne faut-il pas voir une corrélation entre un discours marqué par la souffrance et la pénibilité vécue par les responsables et le manque de candidats ? Il y a sans doute là matière à réflexion pour ceux qui aimeraient voir d’autres personnes s’engager à leurs côtés. Peut-être faut-il aussi envisager de penser autrement les ministères. Il est peu probable que, dans la conjoncture économique actuelle, un responsable d’Église ayant un travail séculier puisse consacrer une dizaine d’heures hebdomadaires à l’Église, sauf à y perdre sa famille. D’autant que des responsables surbookés n’ayant pas le temps de vivre une vie de famille saine et agréable ne donneront pas envie… 

Un pasteur, une église ? 

Enfin, et c’est probablement un des éléments clés, il faut réaliser que le paradigme “un pasteur pour une Église” est difficile à mettre en place. C’est d’ailleurs un modèle qui a parfois privé l’Église locale de l’implication des laïcs3, alors que la diversité des ministères est le signe d’une Église en bonne santé. Il nous faut peut-être aussi retrouver un héritage de notre ecclésiologie, sans pour autant aller à un autre extrême (bien connu dans nos milieux) en faisant disparaître le travail pastoral à plein temps. Il ne s’agit pas non plus de brader la formation théologique, essentielle pour un bon usage de la Parole, et la nécessité de cadres formés qui pourraient partager des responsabilités au niveau local et supra local.  

Il sera également intéressant de multiplier certaines expériences existantes dans notre union, où des ministères pleinement financés par une Église locale consacrent une partie de leur temps pour : 

  • le réseau national en fonction de leurs dons,
  • des ministères bi-vocationnels,
  • ou d’autres formes de mutualisation… 

Les leviers que nous pourrions collectivement actionner afin de répondre au défi qui est devant nous, sont donc nombreux. Et dans toutes ces démarches, bien évidemment, la prière devrait précéder, soutenir et conclure notre action. Car c’est Dieu qui envoie des ouvriers dans la moisson.  

Matthieu Gangloff , votre interlocuteur formation, ministères au sein des CAEF  matthieu.gangloff@caef.net 

Lire également la fiche pratique “formation” sur le site CAEF https://www.caef.net/index.php/ressources/fiches-pratiques.html 

 [1] https://www.lecnef.org/articles/96823-formation-besoin-de-1000-pasteurs
[2] On peut mentionner à titre d’exemple le travail précieux sur la vocation effectué par la FLTE, cf. cahier de l’école pastorale n°115, avril 2020.
[3] A ce sujet, je signale le livre intéressant de J.H. Oak, Tous disciples, éd. Excelsis, 2006, 284p. 

 

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